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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 07:48
Aujourd'hui, c'est "Vendredis du Vin"!

 

Après un mois de pause, pour fêter l'avin sereinement, les plumes des vendredistes vont croiser le verre.

 

Car, Hub de l'Oenothèque nous convie à entremêler les mots et le vin.

 

Des lettres et des litres, "La 32ème édition des VDV sera littéraire ou ne sera pas".

 

Ca va fuser dans la blogosphère vinique, ça va balancer de la culture vinique.


 

Le bicéphale, l'animal le plus proche de la moule, a longtemps erré comme une âme en peine après avoir lu le sujet.

 

Jamais, jamais, boire du vin ne nous a évoqué d'une manière la plus infime possible un moment d'extase littéraire...

 

Ce n'est pas vraiment que nous avons honte, mais, la première idée (qui est venue tout naturellement au bicéphale) associant le vin et la littérature , c'est le gibolin...

 

Nous n'y pouvons rien, on a la culture qu'on mérite.

 

 
 

 

 

Equation simplissime, vin + littérature = gibolin...

 

Et on a beau résister, quand c'est pour écrire une connerie, ça vient vraiment tout seul.

 

On imagine déjà le petit vin rouge de cépage ploussard, à la belle couleur rose-orangée, se mariant volontiers à la charcuterie (même si c'est un peu "dur" avec le boudin...) des Deschiens.

 

 

Non, non, non, non!

 

Nous allons essayer de pondre un truc un peu cohérent.

 

 

Même si nous sommes des lecteurs mordus de bande-déssinée, que c'est festival d'Angoulême en ce moment, que le sujet principal du meilleur manga de la Terre est le vin, NON, nous ne céderons pas à la facilité...

 

Le bicéphale, ayant eu une vie d'étudiant heureuse, s'est souvent lové sur la plage du Bois de Cise en s'abreuvant d'histoires.

 

605937988.jpg 

 

Bon, nous sommes très loin de la plage paradiasique de sable fin avec des cocotiers et des cocktails à base de rhum.

 

Je prenais plutôt un pack de bières et lisais des bouquins dénichés le premier mai, au salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras.

 

C'était bien avant d'apprendre que j'aimais le vin...

 

Mais pour l'occasion, j'ai fait un peu de spéléologie bibliothécaire pour retrouver un bouquin, lu sur les galets de la plage du Bois de Cise...

 

"Vendange" de Miguel Torga m'avait scotché.

 

LA lutte des classes.


Les paysans pauvres, travailleurs, mais plein de vie lâchent leurs pioches et leurs bêches pendant les 15 jours des vendanges du porto, descendant de leur montagne, le long du Douro.

Les nouveaux nantis de la classe moyenne, contremaîtres issus de la même pauvreté, mais qui ont oublié cette souffrance au premier verre de porto, sont devenus des traîtres avides de rendements et de petits pouvoirs.

Les riches propriétaires terriens considèrent les vendangeurs comme des serfs sur leur domaine, dans une société malade du fascisme de Salazar.

 

En toile de fond, le raisin des plateaux du Douro n'adoucit pas, il est amer et âcre de la sueur et du sang des paysans, avec quelques moments de grâce...

 

photo-11-paysage-santo-antonio-2.jpg

 

"Caleçons retroussés, les hommes foulaient le raisin, en un mouvement qui avait quelque chose du coït, d'une chaude et sensuelle défloration. Dorés, noirs, violets, jaunes et bleus, les grains étaient des clins d'oeil lascifs sur un lit d'amour. Comme des phallus gigantesques, les jambes des fouleurs déchiraient virilement et tendrement la virginité humide et féminine des grappes. Au début, la peau blanche des cuisses, tiède et lisse, laissait couler les éclaboussures de moût sans se colorer. Puis elle prenait la couleur violette, de plus en plus foncée, des différents cépages, du moreto, du sousão, de la tinta carvalha, de la touriga et du bastardo.

La première pénétration enlevait à la grappe la fleur d'une intégrité fermée. C'était la déchirure. Puis, les coups allaient plus profond, déchiraient davantage, écrasaient avec une sensualité redoublée; alors le moût s'ensanglantait et se couvrait d'une légère écume de volupté."

 

Longtemps après ce livre, je n'arrivais pas à trouver que le porto était trop "doux" ou trop "sucré".

 

Je le trouvais acide et profond, le sucre n'était là que pour adoucir un peu et équilibrer un vin né de la sueur d'hommes et de femmes exploités pour un porto dont ils n'auront jamais pu goûter une seule gorgée...


 

Le porto m'est précieux.

Il me ramène vers mes racines.


Ce livre m'a donné envie de goûter au porto, avec, souvent, une pensée pour les vendangeurs de Miguel Torga.

Et j'en ai bu de merveilleux portos, visité de superbes chais à Vila Nova de Gaia, en face de la vieille ville de Porto.


 

Alors, aujourd'hui, je vais présenter une bouteille que je n'ai jamais encore bue.

Le dernier cadeau d'un grand père que j'ai trop peu connu, paysan vieux et fatigué, mais avec l'oeil qui est resté rieur, des rides de malice qui allaient avec, jusqu'au bout de sa vie.


Elle est gardée comme un objet rare, dans un coin de cave.

 

DSC00291.JPG

 

Le porto Barros "colheita 1980" attendra son heure, patiemment dans la cave.

 

Ce porto est produit par une des dernières entreprises familiales, présente depuis le début du 20ème siècle, à l'époque de Torga.

 

 

C'est la première fois que le bicéphale montre un vin qu'il n'a pas bu.

 

Mais, c'est le seul vin qui provoque une "émotion littéraire" au bicéphale, rien qu'en caressant la bouteille...

 

 


 



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Published by stephane et david
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commentaires

Hub 08/02/2011 22:13



Un très beau texte, merci beaucoup, les bicéphaux !


Voici (enfin...) le compte rendu de cette 32ème édition :
http://www.oenotheque.net/article-vdv-32-compte-rendu-66740096.html

Hub



stephane et david 09/02/2011 01:15



je me suis permis aussi de facebooker le lien, ainsi que de le twitter!


merci pour ta presidence avec ce superbe sujet qui nous a bien remue!



Bruno Carroy 30/01/2011 21:42



Joli ! 



stephane et david 01/02/2011 10:43



merci!



Pascal 30/01/2011 21:02



Faire rire et pleurer...si ça c'est pas du talent


 



Il est de jeunes écrivains qui ne lisent pas Hugo. C'est pourquoi ils ont tant de certitudes heureuses et atteignent promptement au talent. — (Victor Méric, Les compagnons de l'Escopette,
1930, p.67)



.



stephane et david 01/02/2011 10:44



ouch!


c'est nous qui pleurons et rions en meme temps!!!!


merci pour ce commentaire



Iris 28/01/2011 23:44



des bouteilles à la cave, qui sont chargées pour moi d'une histoire, les miennes du millésime de leur naissance, les autres de la manière, qu'elles sont arrivées chez moi - comme cadeaux, me
rappelant le donateur, ou fruit d'une rencontre avec le vigneron, ramenées d'un voyage... autant d'histoires à raconter... parfois plus savoureuses que leur contenu peut-être... merci, de nous
avoir raconté ta bouteille, et à travers elle, sans la déboucher, une tranche de ta vie, comme quoi le vin délie les langues, même sans être bu...



stephane et david 01/02/2011 10:45



c'est un reel pouvoir du vin, cadeau vivant et charge d'emotions...


merci pour ton commentaire, iris!



tiuscha 28/01/2011 15:41



Joli billet qu'on sent ému, autant que le livre doit être émouvant...



stephane et david 28/01/2011 15:46



merci pour ce gentil commentaire!



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