Ce mois ci, c'est un vieux de la vieille (à qui on ne la raconte pas, qui en a vu des vertes et des pas mures) qui a pris la présidence des 36ièmes vendredis du vin.
Un papi de la blogosphère vinique qui doit partager le même dentier qu'Olivier Grosjean et faire une commande groupée de couches "confiance" avec Christian Bétourné et Laurent Lalouette...
Philippe Rapiteau de la "pipette aux quatre vins" fait plancher les amoureux du vin sur le "world wide web" autour d'un sujet qui nous ramène au temps des modems 56k, du portable sans androïd et des voitures qui ne font pas leurs créneaux toutes seules...
Diantre, nous voyageons dans le passé.
Il nous faut explorer l'avant-2000.
"Le thème : "Les années 2000?... Et avant?..." La condition sine qua non pour participer sera d'évoquer une bouteille d'avant 2000. Le siècle dernier, voire le lointain millénaire précédent!... 1999 et avant!..."
Ouais...
Pas si facile que cela.
Le gros souci du bicéphale est qu'il n'est pas caviste amateur.
Les vins achetés le sont pour être bus avec les potes.
Rapidement, sans concession, dans le plus total consumérisme immédiat...
Peu de bouteilles ont été oubliées au fond de la cave.
Et celles qui ont été volontairement "planquées" attendent vraiment une occasion spécialissime (record du monde du triple saut, première dent du petit, nouveau slip avec élastiques renforcés ou pour un concours de cul-sec...).
Mais, à chaque problème, il existe une solution...
J'ai la chance d'avoir un père serial-collectionneur.
Il possède une cave superbe, avec une multitude de bouteilles.
Bouteilles qui s'ennuient et sont très (trop) peu ouvertes.
Mon père a toujours préféré l'objet "bouteille" que le plaisir que peut procurer le liquide à l'intérieur.
Un peu comme une boule à neige, sans neige mais avec du raisin.
Les vins évolués ne me déplaisent pas, j'aime les côtés animal, cuir, humus, champignon qui apparaissent au fil du temps.
C'est toujours un plaisir d'aider mon père à "aérer" sa cave...
Si nous devons boire un vin du siècle dernier, autant y aller à fond.
N'ayant pas un amour fou des vins blancs liquoreux, botrytisés, vendangés tardivement et ne trouvant pas grande grâce aux vins de Bordeaux, j'opte pour une expérience masochiste.
je vais dégoupiller un Sauternes...
J'ai longtemps hésité à prendre un vin d'Yquem 1982, avec irrespect et dans un verre à moutarde.
Mais la provocation a des limites.
Ce vin fera sûrement plus plaisir à un amateur que mon père voudra impressionner.
Mon dévolu s'est donc posé sur un "Château de Fargues 1984".
Ce ne sont pas les grandes années de la décennie (1983, 1986).
Il serait temps d'y goûter...
Le Château de Fargues d’une superficie de 15 hectares, appartient à Alexandre de Lur-Saluces, autrefois propriétaire et gérant d’Yquem.
Le château appartient à la même famille depuis plus de 500 ans.
Il est souvent comparé à un petit frère d'Yquem, la star du Sauternes avec des bouteilles dont le prix frise l'intolérable...
La couleur de la bouteille est juste magnifique.
D'un or franc, lumineux et brillant.
Le bouchon, retiré avec soin, a bien morflé.
Au nez, c'est très expressif.
Ca envoie sévère dans les naseaux...
Au tout début, cela semble alcooleux, mais très vite, on est envahi par des odeurs de pain d'épices, des fruits confits.
Le tout sent bien le sucre, le miel, mais garde une fraîcheur relative.
Le vin ne sent pas le "lourd", le pâteux.
En bouche, cela reste fort doux.
Le sucre tapisse la bouche, avec une sensation de fruits rôtis (pêche, abricot, pomme), même limite blet (ce qui n'est pas désagréable, juste surprenant au premier verre).
Un goût de miel arrive en milieu de bouche, mais avec une certaine finesse.
Dans la longueur, une jolie acidité, avec des notes de noisette, finit doucement la bouche.
C'est du grand, beau vin.
Pourtant, je ne suis pas sûr d'aimer.
J'aimerais m'extasier, atteindre le 7ème ciel et soupirer de plaisir...
Mais je n'y arrive pas.
Le sucre reste trop présent et trop longtemps en bouche.
J'ai plus l'impression de fatiguer mon pancréas que de contenter mes papilles...
Le vin est trop bling-bling, envoie dans tous les sens.
Du body-building de compétition.
Je comprends aussi le plaisir qu'il peut procurer à des amateurs.
Tout comme je comprends les amateurs de grosses Ferrari rouges ou de grosses Porsches rutilantes... Sans avoir jamais eu envie d'en conduire une de ma vie.
Quand j'apprends que cette bouteille vaut environ 180 euros, cela finit de m'achever.
J'ai pris un chemin trop tortueux pour ma remontée dans le temps.
En choisissant d'aller vers le choix le moins évident pour moi, j'ai pris quand même plaisir à ouvrir une bouteille d'une vendange faite quand j'avais 8 ans...
8 ans en 1984...
Ca me donne envie de jouer au rubik's cube en écoutant "Lemon Incest" de Gainsbourg, "Heaven's on Fire" de Kiss ou "True Men Don't Kill Coyotes" des Red Hot Chili Peppers...




